Choisir entre “co-errance” et cohérence numérique

Un titre volontairement provocateur pour un premier article consacré à notre engagement. Le numérique est à la croisée des chemins. Depuis son émergence, il a connu une diffusion et une expansion spectaculaire à tel point que nos sociétés modernes ne pourraient tout simplement plus s’en extraire aujourd’hui pour continuer à fonctionner. En s’immisçant au cœur des États, des organisations, des entreprises et de nos vies personnelles, le numérique a progressivement évolué vers un statut quasi symbiotique avec les sociétés humaines.

Mais la « symbiose » implique un bénéfice mutuel et réciproque dans une relation équilibrée d’interdépendance.  Aujourd’hui, on peut légitimement se poser la question de notre dépendance grandissante face au numérique qui par les usages, les contraintes et même les addictions auxquels il nous soumet, devient un sujet de préoccupation sociétal. Et cette préoccupation prend une nouvelle dimension contemporaine en raison de la prise de conscience récente de l’empreinte environnementale du numérique. Cette empreinte ne se traduit pas uniquement en tonnes d’équivalent CO2, c’est aussi notamment l’atteinte des ressources abiotiques (dont les fameuses terres rares), les ressources en eau, l’énergie consommée, et in fine, directement et indirectement, les émissions de gaz à effet de serre liées à toutes les étapes d’extraction, de traitement, de transport, de distribution, etc.

Les unités de grandeur viennent à manquer quand on cherche à établir les quantités de données qui transitent chaque jour à travers les réseaux terrestres et sous-marins qui parcourent la planète. Mais quel sens peut-on donner à la nécessité de construire toujours plus de datacenters, toujours plus grands et toujours plus consommateurs d’énergie quand on sait que ce sont les ressources exigées par nos réseaux sociaux, notre streaming vidéo ou nos consommations ludiques dont une bonne partie est futile voire inutile (et pourtant nous n’avons rien contre les chats !).

Alors pour revenir au titre de cet article, la question à se poser aujourd’hui est : doit-on continuer à participer à cette errance numérique, complices d’une débauche de moyens et d’énergie pour des usages questionnables voire avilissants ? A notre sens, le Numérique doit atteindre son âge de raison et retrouver la voie de ce pourquoi il a été créé : se mettre au service de l’homme, du partage des connaissances, de l’émancipation sociale et sociétale, dans une approche de rationalisation des ressources qui lui sont dédiées.

C’est ce choix de cohérence que nous souhaitons porter, en œuvrant à notre échelle, pour un Numérique plus efficace, plus porteur de sens dans les projets qu’il sert, plus accessible, et plus vertueux dans l’énergie qu’il mobilise. Cette cohérence se traduit par le choix de l’écoconception bien-sûr car même s’il est désormais établi que l’essentiel de l’impact intervient au moment de la fabrication des matériels, terminaux et infrastructures, c’est néanmoins l’usage qui conditionne, par les ressources toujours plus importantes qu’il mobilise, le remplacement des matériels et l’augmentation de puissance et de mémoire requises.

Ainsi, il existe un enjeu essentiel à rendre les usages numériques plus utiles, plus légers et efficaces et plus accessibles pour contribuer à la réduction globale de leurs impacts. Le dernier rapport du GIEC nous donne 3 ans pour inverser la courbe de progression des émissions mondiales. Alors cessons de croire que nos actions sont trop limitées pour être significatives, et démontrons que nous pouvons faire mieux avec moins, et comme l’a dit quelqu’un que nous aimons souvent lire : « les bonnes idées sont souvent imitées » !